Yoga. Emmanuel Carrère

Yoga.
Le mercredi 7 janvier 2015, à onze heures trente, j’étais en cours de Yoga.
A mon retour à la maison, j’ai su par la radio ce qui s’était passé à la rédaction de Charlie Hebdo. Enfin, au début, on ne savait pas trop….

Ce que je faisais à l’heure de l’attentat n’a aucune importance. J’y pense cinq ans plus tard comme à une curieuse coïncidence avec ce récit d’Emmanuel Carrère que je viens de terminer. Lui aussi était sur son zafu….

J’ai lu son récit avec beaucoup d’intérêt, je savais que ce serait un moment marquant dans ma trajectoire de lectrice, parce que je connais Carrère.

C’est un récit divisé, en morceaux, un peu comme des gens après un ouragan. Un peu comme son auteur, si j’ose m’avancer sur cette comparaison.
Carrère me raconte ce qui lui est arrivé, me le raconte sincèrement, honnêtement, me dit que la vie est une horreur et qu’il aime éperdument la vie, qu’il n’arrête pas de ramasser des morceaux de lui, d’essayer de les recoller, d’en faire quelque chose de cohérent et d’acceptable ; et puis, que ça ne marche pas, qu’il faut chercher autre chose….Grosso modo, à niveau plus ou moins semblable, on peut dire que c’est ce que toute personne possédant un minimum de sens critique, de discernement sur soi, expérimente à de nombreux moments de sa vie.

On ne finit pas tous par prendre des médicaments parce qu’on est peut-être moins « extrême » que Carrère. Un peu moins bipolaire.

Le récit s’allonge chronologiquement et géographiquement. Carrère revient sur certains de ses livres, les illumine de ses commentaires, un vrai plaisir pour moi qui les connais à peu près tous. Après avoir terminé ma lecture (hier) il me faudrait peut-être un peu plus de temps pour en digérer tous les chemins ouverts, toutes les définitions du yoga, tous les indices semés sur la route chaotique des gens qui « continuent à ne pas mourir »et qui trouvent que malgré tout, ça peut durer encore un peu.

Géographiquement, j’ai aimé que ce stage de yoga du début se déroule dans la campagne déserte et gelée du Morvan. Carrère ne donne pas du tout dans l’exotisme de la discipline.

L’épisode des îles Grecques m’a semblé moins réussi, parce que déjà tellement utilisé dans la littérature contemporaine.

Je me demande si le procédé qui consiste à vous dire, à la fin du récit, que certains personnages sont fictifs est une bonne idée. Parce que maintenant, une question me taraude : pourquoi cette femme entre-t-elle dans le récit ? Pourquoi Carrère a-t-il décidé de nous mettre un intermède érotique ? (Assez beau d’ailleurs.) Peut-être juste pour se faire plaisir, comme un petit chocolat pour la route….parce qu’elle est rude sa route !

Et je dois dire que le dernier chapitre est en trop, disons les dernières pages. Carrément.

Paul n’était plus là pour le lui dire…..

Un lien sur mon expérience du yoga: juste deux ans et encore….en pensant à autre chose. Ah! ce fameux « babil intérieur », comme dit Carrère, petites bulles inútiles….

Le yoga et moi. (I)

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