Photo de palmiers.

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Un palmier ne me parle jamais.
Il ne fait pas partie de ma galerie d’images en correspondance avec le mot « arbre ». Je dirais même qu’il ne m’inspire aucune sympathie.
Arbre des pays chauds, si peu généreux en ombre ; galvaudé parce que trop associé aux vacances Club Med ; arbre sans mystère, arbre sans branches. Grimper à un palmier…à moins d’être polynésien et athlétique, l’idée est saugrenue ! Mais qui n’a pas, au temps de sa jeunesse folle, mangé des cerises à califourchon sur une branche ?
Mais enfin, ces palmiers d’un soir de décembre, en groupe, il faut dire qu’ils m’ont fait plaisir à voir.
D’abord, il avait plu et il faisait froid. Ça ne se voit pas, mais ce ciel tout rose n’est pas un ciel d’’été au pays d’Ici. Ceci leur enlevait la charge carte postale.
Et ces reflets indiscrets de leurs dessous dans les flaques boueuses les ramenaient à une dimension désacralisée et campagnarde.

 

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Leopoldo Alas. Interview

Leopoldo Alas, jeune, puis plus âgé.

 

J’ai eu la chance de pouvoir approcher Léopoldo Alas Clarín, le célèbre écrivain espagnol, originaire des Asturies, au cours d’une séance de signature, dans une librairie de ma ville, au pays d’Ici.

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J’avais beaucoup de questions à lui poser, et comme il avait un peu de temps, il a accepté de me répondre devant une tasse de café, en attendant le train qui devait le ramener à Oviedo.

Je lui ai tout de suite présenté une feuille sur laquelle j’avais noté des questions que j’espérais pertinentes, (tout au moins quelques-unes), et
d’autres, dont, enfin , on verrait ! Il a jeté un bref coup d’œil et a toussoté :

-On n’aura pas le temps avant mon train, il faudra que vous vous limitiez aux questions sur La Régente, et encore, ça risque de s’éterniser….

Bon, d’accord, Ça tombait bien parce que je venais de lire La Régente.

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Ana Ozores et son directeur de conscience

Son français était parfait. Presque trop académique, avec juste une mollesse dans la prononciation des B et des V. Aimable, mais avec une pointe d’autorité qui dénotait son aisance dans les amphithéâtres universitaires.

Je commençais donc par le premier gribouillis de mon aide-mémoire :

-Il y a plus de deux cents personnages dans la Régente. Ne pensez-vous pas que la tâche est ardue pour le lecteur ? Vous-même, arrivez-vous à discerner le personnage principal ?

Il baisse la tête ; je ne vois plus que le reflet de sa calvitie au-dessus de ma tasse de café. Puis il me regarde, un peu agacé par la naïveté de ma question.

– Madame, je pensais  que vous aviez compris que mon œuvre est en réalité une symphonie, un chant choral où rien ne sert de chercher le soliste. Il y a une masse : Vetusta d’où émergent des individualités peu différenciées. Tous ces individus sont issus du même tissu nutritionnel : une ville provinciale, ignorante et coincée, en Espagne, au milieu du XIXº siècle. Si La Régente devait devenir un opéra moderne, et j’y songe parfois….je placerais  sur l’estrade une silhouette féminine, Ana Ozores, pourchassée par une meute indistincte et volubile de vétustiens, les uns en soutane, les autres en hobereaux provinciaux, des bigotes et des dames patronnesses brandissant des missels et des goupillons….Jusqu’à sa chute dans la fosse d’orchestre !

Bien, je suis tout à fait d’accord, bien sûr et je passe à une autre question, cette fois, je ne sais pas du tout si j’aurai une réponse :

-Si le personnage d’Ana Ozores avait vécu au XXIº siècle, auriez-vous modifié certains aspects de son caractère?

    • Le regard devient un peu condescendant. Je crois que cette question n’était pas pertinente. Je dois être cramoisie.

-Voyez-vous, un sociologue vous expliquerait qu’Ana est  un pur produit de la société de son époque et de son coin de terre. Mais comme La Régente est un roman, je vous répondrai en romancier.  De nos jours, Ana Ozores aurait pris de même un amant, cela aurait été beaucoup plus rapide sans doute ; elle aurait été influencée, non par un chanoine, mais par les articles de certaines revues féminines, par l’abondance des sujets sur la sexualité. Au lieu de passer des heures devant sa fenêtre à regarder tomber la pluie, elle aurait surfé sur Meetic, aurait eu un profil sur plusieurs sites de rencontre. Pas de duel, certainement pas, mais une bonne dépression et des antidépresseurs pour le mari, converti en loque à la fin du roman. Ça vous va ?

Oui, ça me va et même mieux que je ne pensais. Je consulte mes notes ; il me reste deux ou trois questions ; l’heure du train m’obsède, mais je me lance.

-Les femmes, dans La Régente, sont odieuses : des allumeuses, une vieille usurière cupide, une marquise qui a tout de la tenancière de maison close, enfin rien de beau ni  de noble, pas un personnage de mère tendre, d’épouse aimante…… Qu’avez-vous donc contre nous, Monsieur Alas ?

-En réalité, les personnages masculins ne sont pas plus gâtés. Je suis convaincu que la vie dans une petite ville de province n’est pas un terreau favorable à l’éclosion d’âmes nobles. Je rejoins en ceci la grande femme de lettres Emilia Pardo Bazán qui a si bien décrit cet état de fait dans  Los pazos de Ulloa en1886: «La aldea, cuando se cría uno en ella y no sale de ella jamás, envilece, empobrece y embrutece*.» La grande ville, à mon avis, favorise le brassage des idées et réduit  le risque du culte imbécile aux notables.

Bien, encore une ou deux questions avant qu’il commence à s’inquiéter du quai, de son billet, du numéro de son wagon. J’observe que de temps en temps il jette un coup d’œil sur son bagage pour s’assurer qu’il est toujours sur la chaise à côté de lui. C’est d’ailleurs un sac très particulier, splendide, ancien. Un sac qui donne des envies de redingotes cintrées, de bottines lacées, de gants de chevreau et de crinolines……

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Le sac de Monsieur Alas

-Vous êtes traducteur de «  Travail », de Zola. Ce volume, véritable évangile socialiste et roman d’anticipation un peu simpliste, semble bien éloigné des subtilités de vos productions littéraires personnelles. Avez-vous souffert en mettant votre plume, votre langue, votre style,  au service d’une œuvre somme toute, assez facile ?

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Zola par Manet

Il a soudain le regard un peu perdu, un peu attristé ; j’ai l’impression que ce n’est peut-être pas son meilleur souvenir.

-Zola est un immense écrivain. Un homme de conviction ; entrer dans son œuvre au point de la réécrire dans ma langue a été un honneur : la faire connaître à mes contemporains était un devoir. Mais la traduction fut difficile : le registre linguistique des personnages de Travail est populaire, voire argotique. Entrer dans l’univers fouriériste, même derrière Zola, ne m’a pas laissé de grandes émotions intellectuelles !

Nous nous regardons ; le moment a été trop court pour moi et peut-être trop long pour lui : je garderai pour moi les questions sur Flaubert : je sais qu’il a déjà reçu quelques coups durs à ce sujet.

Il se lève, s’empare de son merveilleux sac et me serre la main. Quelques mots pour prendre congé…trois pas sur le quai et soudain il se retourne :

-Ah ! Vous avez oublié de me demander si je devais beaucoup à Flaubert et si Ana Ozores était la petite sœur d’Emma ?

Je me demande comment il a lu dans mes pensées….Je ris et lui crie de loin :

-Non, pas grand-chose ; elles sont juste un peu cousines !

Puis, je sors de la gare. Il pleut, comme à Vetusta.

Je savoure le moment présent : il pleut et je viens d’interviewer l’auteur du meilleur roman de la littérature espagnole. Et tout le monde s’empressera d’ajouter : après Don Quijote, bien sûr.

Mais je n’ai jamais réussi à interviewer Cervantes.

*La aldea, cuando se cría uno en ella y no sale de ella jamás, envilece, empobrece y embrutece: la campagne, quand on y a grandi et qu’on n’en est jamais sorti, vous avilit, vous appauvrit  et vous abêtit. (E. Pardo Bazán)

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Soie. Alexandre Baricco

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Alexandre Baricco

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Je me suis décidée un peu tard à lire ce petit livre. Cent-vingt pages qui ont fait beaucoup de bruit. Il faut dire que c’est un beau livre, bien écrit, écrit comme une partition musicale, comme une sonate pour instrument seul, plutôt lente, délicate en diable.`

Je n’y ai pas reconnu ce véritable hymne à l’amour impossible, pur parce qu’inaccessible, que j’ai vu reflété dans presque toutes les critiques, une sorte d’amour courtois revisité par Baricco et transposé au dix-neuvième siècle dans une petite bourgade de l’Ardèche.

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Et dont le pôle serait le mythique Japon, secret, sensuel et raffiné que les occidentaux peuplent de geishas aimables et savantes.

J’ai lu autre chose.

Et il est bien vrai qu’on peut trouver un peu tout ce qu’on veut dans ce petit livre où tant d’éléments sont laissés aux bons soins du lecteur ; ce récit « portes ouvertes » où chacun finit les chapitres comme il lui semble bon, où chaque lecteur prend soin des personnages, les cajole, leur invente des motivations aussi souterraines que personnelles.

Le titre « Soie », respecté par toutes les traductions, invite à des images de douceur, d’effleurements plus légers que ceux que peut effectuer la peau la plus douce.

Or cette histoire m’a semblé horriblement rude. Ce n’est pas la guerre, ce ne sont pas les conditions difficiles des voyages de Joncour, ce n’est pas la mort prématurée d’Hélène…..non, c’est l’histoire d’un homme qui n’a rien eu…..frustré sur toute la ligne….et entraînant dans la même spirale sa femme et peut-être aussi la japonaise. (Qui n’est pas plus japonaise que moi.)

La vie professionnelle : Joncour n’a pas été à la hauteur des espoirs de sa famille. Gagner sa vie dans le trafic des vers….fussent-ils vers à soie, ça peut rendre cafardeux !

Sa femme et lui n’arrivent pas à avoir d’enfant. Je crois que la teneur de la lettre que Joncour lira après la mort de sa femme est assez explicite : Hélène exprime une grande frustration au sujet de ses relations intimes avec son mari. Même transposés et mis dans la bouche d’une autre femme, les mots sont crus et accusateurs : il a manqué quelque chose à Hélène, quelque chose que Joncour n’a pas su faire.

Eternel adolescent, Joncour s’éprend d’une belle japonaise, maîtresse du négociant en vers à soie. Représentation parfaite de tous les fantasmes occidentaux sur le Japon. Pas un mot échangé, à peine un regard et une trace de lèvres sur une tasse de thé. Mais la passion s’empare du jeune homme. Pourtant, il devra se contenter d’un unique rendez-vous nocturne avec la femme de chambre de sa bien-aimée. Aucun problème, tout est bien. Satisfaite par procuration, la flamme n’en est que plus forte. Et le trafic des vers à soie n’est pas interrompu. Pas question d’agir, de prendre une décision, de changer de vie.

Hélène a probablement connu ses meilleurs moments pendant les absences de son mari, auprès de la présence du sage Baldabiou.

Formidable histoire de non-communication, étrange comportement d’un homme mou, vivant de rêves, se conformant à la vie que les circonstances ont choisie pour lui.

Mais après tout, c’est assez courant……

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Fernando Aramburu. Viaje con Clara por Alemania.

Je devrais bien écrire mon texte en espagnol….ce livre n’a pas été traduit en français et je pense que je n’écris pour personne. Mais je suis tellement plus à l’aise avec mon bon vieux copain ; le français !

Pas grave puisque je suis dans la même démarche que l’auteur…..Les trois quarts de son récit ne sont pas destinés à être lus ni publiés ; Aramburu prend plaisir à semer dans son texte des détails intimes, crus, physiologiques, se rassurant lui-même en nous( ?) disant que de toutes façons, personne ne lira quoi que ce soit. Un peu comme moi. (Je me demande pourquoi je soigne mon orthographe sur ce blog, ça c’est une histoire à approfondir ?)

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C’est un livre qui ne ressemble à aucun autre. C’est un traité sur les couples de nationalité différente ; c’est un traité sur ce qu’est, ou sur ce que n’est pas la littérature ; c’est un livre de voyage ; une réflexion sur le bonheur ; sur l’amour….. C’est aussi un étonnement constant et très plaisant sur la beauté du monde, des villes, des paysages ; la bienveillance envers les humains n’est pas permanente. Mais la bière allemande et les douceurs inspirent à Aramburu ses (presque) plus belles pages.

Alors les couples n’ayant pas la même nationalité : bien sûr, à ne pas rater.
Un début ravageur : j’ai cru que le récit était justement basé sur une rupture, ou tout au moins sur une grande rancœur. Point du tout. C’est beaucoup plus profond et réaliste que je ne le croyais.

Une légère digression sur les couples mixtes. Mon expérience me fait penser que ce n’est pas la voie la plus facile. Ce peut être une blessure permanente, sur laquelle tous les moments de vie commune projettent un peu de sel. Susceptibilités, vexations, rejets, tout est bon pour se faire mal quand on veut. Et les couples mixtes, comme les autres, veulent souvent se faire mal. Chez eux, c’est plus facile, les arguments sont à portée de main, dans le grand sac des lieux communs, du chauvinisme le plus primaire. Bien, mais si au cours des années, un tout petit peu de sagesse vous vient, si vous avez la chance de grandir ensemble et de mesurer la pauvreté de vos arguments respectifs, un beau jour, on comprend qu’on pourrait peut-être devenir plus forts que tout ce sel et toutes ces écorchures.

Ou bien on a une bonne nature, comme Aramburu.

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Il est difficile de partager des expériences : les couples mixtes sont discrets ou furieusement divorcés.
Je me souviens avoir acheté un livre écrit par une américaine mariée à un Français :Lost in French, de Lauren Collins. Il s’agissait surtout de sa relation avec la langue française. Rien de bien nouveau. Et rien qui ne m’ait beaucoup apporté….

Le narrateur, donc est marié à une allemande. S’il est espagnol, on le devine, mais il ne parlera jamais que de « son pays d’origine ». S’il a un accent étranger, on ne le saura que par la tante Hildegard qui ne communique avec lui qu’en passant par sa femme. Quant à ses relations avec Clara, sa femme, professeur du secondaire, et accessoirement écrivain, elles sont aigres-douces, parfois même clairement parfumées au vitriol.
Le narrateur s’occupe à des traductions, est extrêmement patient et jouit d’un grand sens de l’humour. Ajoutons qu’il est charnellement très attaché à sa femme. Tout lecteur ayant un minimum d’expérience de vie en couple aurait tôt fait de juger Clara comme une véritable mégère. Directive en diable, alternant les périodes d’outrecuidance et les moments de dépression, elle a bien de la chance d’avoir ce solide espagnol à ses côtés. (Espagnol ? ….chut, c’est un secret.)

Ce récit est aussi l’histoire de deux livres en cours d’écriture. Celui de Clara, une commande d’éditeur, obéit à des critères extérieurs : il doit plaire à l’éditeur et aux possibles lecteurs. L’auteur passe au second plan. Celui du narrateur est un non-livre : il n’est pas destiné à être lu. C’est un travail fait en cachette, vaguement pour ne pas oublier sa langue maternelle, vaguement pour se souvenir du voyage ; à la fin du livre, on comprend bien que le narrateur est comme tous ceux qui manient la plume…… : il a besoin de lecteurs.
Ces deux livres voyagent côte à côte, comme le couple. Le livre secret, le livre clandestin prend le premier rôle, nous emmène dans des villes charmantes du Nord de l’Allemagne, tout en faisant le tour de tout ce qui vaut la peine : la beauté de certains coins de ce monde, la bière sous toutes ses formes, les glaces stracciatella et le parfum de Clara le soir.

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Ma vie en peintures. María Gainza.

María Gainza, auteur,  née à Buenos Aires en 1975 .Titre original: El nervio óptico

 

Je ne sais pas grand-chose en matière d’art.

Mon goût est très limité : l’art reste pour moi le domaine des musées et les quelques aquarelles ou les gravures qui ont eu les honneurs de figurer dans mon intérieur sont en général non pas le résultat d’un choix, mais plutôt parce qu’ils éveillent en moi un écho sentimental. Par exemple, les avoir vus chez des personnes que j’ai aimées me les rendent chers, je deviens même incapable d’exercer à leur égard le moindre sens critique.

Entrer dans un musée me rend timide et me remplit de respect. Je le fais assez souvent cependant. Avec dans la tête la petite phrase revancharde, digne de mai 68 : l’art est à tout le monde, après tout.

En Espagne, beaucoup de musées sont gratuits pour les nationaux. On peut entrer au Prado en montrant sa carte d’identité (espagnole). A Paris, les musées de la ville de Paris le sont aussi. Et d’autres sous certaines conditions de calendrier à élucider en cas de besoin.

Dans ce cas, oui, l’art devient patrimoine de l’humanité. On peut devenir ami avec  tous les artistes; on peut aller,  sur un simple coup de tête, passer un petit moment avec un tableau choisi ; on peut aussi le ramener chez soi : les reproductions  de bonne qualité offrent au commun des mortels de grandes satisfactions.

Je suis à peu près sûre que María Gainza, auteur de Ma vie en peintures, n’est pas convaincue par les reproductions. Elle qui partout se dirige instinctivement vers les musées, comme les gens se précipitaient vers les abris anti-aériens pendant la guerre, préfère certainement la fréquentation des tableaux en chair et en os.

Son récit, roman, essai…on ne sait comment le nommer, est un livre charmant. Dénué de tout technicisme pédant, c’est une correspondance entre certains tableaux et une parcelle d’elle-même : souvenirs de famille, conflictuels ou doux ; amis, bizarres ou pas ; gens croisés au détour d’un  couloir d’hôpital ; parfois une subtile déclaration d’antipathie (contre les chasseurs, contre certains milieux bourgeois…) ; les artistes cités sont plus ou moins célèbres et sans aucune parenté, ni d’époque ni de style. C’est un peu ce qui est séduisant. Le désordre d’un choix purement sentimental.

Je ne les connaissais pas tous…bien qu’il y ait beaucoup d’artistes français dans cette chronique. Et les peintres argentins, bien sûr….Et pourtant, cette petite fille assise sur une chaise  qui est sur la couverture du livre, j’ai l’impression, tout  comme M. Gainza, de l’avoir toujours connue….

J’ai eu grâce à ce livre, de bonnes relations avec le Douanier Rousseau, avec Toulouse-Lautrec, avec Foujita ; j’ai vu les ruines et les parcs d’Hubert Robert et je suis allée voir les tableaux de Rothko sur la toile, juste pour être sûre que je n’aimais pas, que je ne comprenais pas….eh bien j’ai quand même aimé. Ça m’a surprise…magie du texte de María Gainza ?

Et une forte envie de passer un moment dans sa chapelle, à Houston; ça doit être une belle expérience !

 

Peut-être, pour être tout à fait juste avec la littérature, j’oserai formuler une critique : un trop plein de personnages et d’anecdotes peut diluer parfois l’intérêt. L’ouvrage tend à déborder, comme ces natures mortes où l’on voit des récipients surchargés de mets délicieux qui se répandent  et glissent irrémédiablement vers le sol…

Enfin, après ce livre, je pense qu’on peut avoir tout simplement de bonnes relations avec les tableaux, les tutoyer, sans se laisser déborder par les considérations élitistes des critiques d’art. Bien sûr, il y a d’autres façons de les apprécier, probablement plus pleines. Mais le grignotage a son charme. Et, à propos, dans une interview à « Eterna Cadencia », maison d’édition argentine, M.Gainza cite un tableau d’un peintre flamand du 17º siècle : Osias Beert . Ce tableau est celui qui lui donne le plus d’appétit. Je la comprends.

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Bohumil Hrabal

 

Aujourd’hui il a commencé à pleuvoir, le temps redevient normal pour la saison et je viens de découvrir un auteur que je ne connaissais pas.

Ça me donne un petit coup de pouce pour trouver la vie plus belle.

Je vais fréquenter ce tchécoslovaque pendant un certain temps.

J’ai commencé par Trains étroitement surveillés. Ecrit en 1964.

J’ai eu un peu de mal à entrer dans l’univers de ce petit jeune homme insignifiant, un peu simplet, entouré de personnages presque aussi falots que lui. Tous ces gens se meuvent dans un paysage désolant, dans une gare un peu sinistre d’un improbable village de Tchécoslovaquie au moment où les Allemands sont au bout du rouleau. Exactement le lendemain du bombardement de Dresde, en 1945.

Aucun souci de documentation historique cependant dans ce récit. Tout est joliment réduit au monde intérieur du jeune garçon. Les Allemands, on les voit à peine. Ils sont dans ces trains « étroitement surveillés » par le personnel tchécoslovaque de la gare. L’univers du jeune homme, c’est sa peur maladive de ne pas savoir faire l’amour (et sa grande envie de le faire…) et la satisfaction d’être un bon aiguilleur, avec un bel uniforme.

Petit destin, petites histoires….et puis ça devient grandiose. Ça devient presque une épopée : éblouissement d’un premier rapport avec une femme expérimentée, acte de sabotage sur un train allemand et mort héroïque. On change de registre, on est soudain hors de cette petite gare modeste, avec ses employés farceurs et inconsistants. (La jolie télégraphiste aux fesses tamponnées par tous les tampons de la Wehrmacht,  est quand même un passage inoubliable).D’ailleurs je soupçonne Hrabal d’avoir toujours eu un faible pour les noceurs, les farceurs et les coureurs. Bien plus que pour les moralisateurs. Ça ne l’empêche pas de  garder quand même une solide conscience sociale.

Les dernières pages sont presque insoutenables, la mort du héros, décrite à la première personne du singulier en simultanéité totale avec la mort du soldat allemand, sa certitude que la mort de l’un est à mettre au même rang, à la même place que celle de l’autre, tout cela  tire vraiment le récit par le haut, vers un sommet humaniste insoupçonnable dans les premières pages.

À voir sans aucun doute, le magnifique film tiré du roman de Jiri Menzel ( ou à revoir, mais moi je vais de surprise en surprise en ce moment…) primé à Hollywood en 1966.(sous le même titre.)

Et grand merci à Santiago E. qui m’a permis le plaisir de la découverte grâce à ses bons conseils de lecture.

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Le tour de la France par deux enfants d’aujourd’hui. P.Adrian et Ph. Humm

Quand je les regarde, j’ai l’impression de les connaître.

Je les ai déjà vus : ils étaient avec moi au cours complémentaire, aux scouts, à la chorale, en colonie de vacances ; le dimanche, ils s’ennuyaient avec nous dans les rues du patelin. Déjà vus.
J’ai acheté leur livre


à cause de mon père qui m’avait parlé, il y a bien longtemps de cela, de son premier livre de lecture, à l’école primaire. Avec tendresse et respect. Ça devait être un bon manuel scolaire, mais peut-être qu’on ne supporterait plus maintenant de lire ce « Tour de la France par deux enfants de G.Bruno. »

 

Et eux, qui leur en a parlé ? Un grand-père nostalgique ? Un hasard géographique, leur naissance à Phalsbourg, sans doute.

En tout cas, leur décision de refaire le parcours, et ensuite, le livre, c’ était comme une envie d’aventures un peu adolescente, de ce genre de truc qu’on met au point dans sa tête un jour de parlotte à deux, un projet bon marché…pas besoin de sponsors, presque pas d’argent, juste de l’énergie et une carte routière.

Et puis, du talent, une recherche du contact humain, une âme d’artiste et surtout, ne pas chercher à être comme tout le monde.
Pas besoin d’avoir l’air artiste pour l’être, pas besoin d’extérioriser son originalité si elle est dans votre tête.
Vraiment, Pierre et Philibert ne sont pas du toc. Je me réjouis de les avoir reconnus. Même si leur apparition dans ma vie prend des airs d’anachronisme. Un anachronisme réconfortant.

Alors, ils font partie des écrivains voyageurs ? Oui, mais attention au mot voyage. Ici, on ne vous emmènera pas voir des lieux sublimes, des paysages à se pâmer…..
La destination n’importe pas. Il faut se perdre. Le voyage en soi est déjà une démarche d’aventure.
Tout ce qu’on trouve sur le chemin est matière à réflexion. Les ronds-points, les zones industrielles en disent long sur les gens du coin. Les zones industrielles historiques, désaffectées surtout. Hauts fourneaux de Lorraine, terrils du Nord. On passe à Baccarat et on ne s’intéresse qu’au rallye automobile régional. Pas le moindre cristal !
Plus que des paysages, on croise des gens ; un couple sur un bateau qu’on n’arrive pas à oublier, des gens dans des cafés, des originaux, des râleurs, des marrants. Pas des conservateurs de musée ni des spécialistes de l’histoire locale. Ouf. Pas de gastronomie. Tant mieux.
Il y a bien plutôt une dimension spirituelle du voyage. A mon avis, ces deux-là feront, ou ont déjà fait, le chemin de Compostelle. Ça devrait être leur affaire.
Et leurs références littéraires entrent dans un itinéraire intellectuel assez particulier ; que Vincenot, René Fallet et Jean Ferrat accompagnent ces deux très jeunes gens dans leur périple hexagonal est assez énigmatique.
On passe un moment au couvent de la Tourette, construit par Le Corbusier,

 


mais on ne visite pas une seule cathédrale. Merci. Car on a évité les grands pôles, le genre : « Tout ce qu’il faut voir si on passe par….. ». Même leur ville de départ est confidentielle : j’avoue que j’ignorais que Phalsbourg possédait une si belle architecture, des portes fortifiées si majestueuses et qu’elle était le point de départ des petits orphelins de G.Bruno.

 


Les moyens de transport utilisés sont aussi singuliers, simples, rudimentaires : une vieille Peugeot,

 


le bus, deux vélos d’occasion, un peu de train, de la marche à pied, du bateau, du stop…..Et c’est comme ça qu’on a bouclé un tour de France un peu boiteux, un peu au rabais, mais si plein d’humanité.
J’aurais aimé faire ce tour de France-là. Je me reconnais dans ce désir de grande aventure avec de petits moyens, ce souhait orgueilleux de ne pas s’esbaudir devant les mêmes choses que le touriste lambda…..je n’ai pas de Peugeot 204, le vélo m’essouffle et j’ai le mal de mer. Il me reste quand même l’autobus, que j’adore.
Ajout de dernière heure :
Si Philibert et Pierre avaient connu ce groupe (sorti je crois après leur livre), je pense que le disque aurait eu sa place sur le siège arrière de la bagnole. La même recherche du grand dans le petit, dans le proche;    ici

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