Art de plage

Certains jours sont meilleurs que les autres…Je ne sais pas très bien à quoi c’est dû.
Une confiance en l’humanité, qui viendrait d’une bonne lecture, d’une belle musique, d’une émission intéressante, ou bien, moins lointain, mais plus chaleureux, d’un bon moment avec mon fidèle coéquipier ….

Quoi que ce soit, c’est vague, diffus, mais aussi fort que son contraire, c’est-à-dire le coup de blues. Et ça dure à peu près aussi longtemps.
Donc, il y a peu de temps, je me suis sentie réconciliée avec l’humanité, l’espace d’un moment. Parce que tant qu’il existera des personnes capables de faire ça, comme ça, rien que pour ça, alors on n’est pas absolument foutus.

Si vous voulez en avoir plus, c’est
ici

Merci donc à Michel Jobard pour ce beau moment. Dommage que pour des tas de raisons, je ne sois pas capable de réaliser une oeuvre semblable. Mais cet été, j’emmènerai quand même un rateau à la plage….on ne sait jamais!

(Et nerci à JRF de m’avoir envoyé le lien)

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Marie Madeleine, le film de Garth Davis

A Noël, les films avec sapin et boules abondent, jusqu’à l’écœurement.
Pâques est moins formaté, question ciné…..

Et pourtant, je viens de voir Marie-Madeleine, et nous sommes en pleine semaine de Pâques. Et je suis encore sous le charme.

Disons tout d’abord que les quelques critiques que j’ai lues ou entendues étaient plutôt négatives : film ennuyeux, long, plat.
Je regrette, j’ai peut-être tout faux, mais je suis heureuse d’avoir vu ce film. Long oui, (deux heures) mais beau ; par les couleurs, par les paysages, par trois petites idées qui me plaisent, par des acteurs vrais, simples et sobres.

La photographie : tout du beige : sable, architecture ocre, habitats troglodytiques à flanc de falaise, tuniques de lin, voiles des femmes, filets des pêcheurs. Des paysages immenses, dont on a du mal à croire qu’on en trouve encore d’aussi vastes, d’aussi déserts. Le tournage a eu lieu en Sicile et dans une ville d’Italie que j’aimerais connaître : Matera. Et non, ces paysages ne sont pas exactement beaux, ils font presque peur, on n’est plus habitué à une telle magnitude, on en est agressé !

Et puis, je fais miennes quelques idées qui sont venues enrichir les quelques petites intuitions religieuses que je pourrais avoir.

1. Jésus (qui n’a pas le rôle principal). devient très humain, d’une humanité proche, souriante et miséricordieuse, mais il est aussi parfois accablé, et douloureusement conscient de ce qui l’attend. Comme nous tous.

2. Une femme a le rôle principal. Ne relayons pas le débat féministe, mais il est sûr que la compassion, l’empathie envers la personne souffrante, la main tenue au mourant, ce sont souvent des affaires de femme, au moins historiquement parlant. Et Marie-Madeleine sera la seule, parmi les apôtres à être présente au Golgotha. La dimension humaine et compassionnelle de cette femme parmi les hommes devient une nouvelle donne pour : a) le catéchisme, b) l’Histoire Sainte, c) les films sur le Christ, d) le rôle de la femme dans l’Eglise, e) notre culture judéo-chrétienne. Je ne me prononce pas.

3. Et puis, il y a le côté mystique: Judas est un personnage passionnant dans le film. Il a la foi du charbonnier, attend un royaume terrestre, où tous nos morts retrouveront la vie, la chaleur de notre affection ; il enjoint Jésus à plusieurs reprises de prononcer une phrase qui anéantira tous les tourments annoncés, une phrase, un seul mot…lui qui a bien ressuscité Lazare. (on le comprend un peu, Jésus a bien rendu la vue à une aveugle, aussi, et fait marcher un paralytique…on pourrait s’attendre à encore mieux !) Mais Marie-Madeleine sait, a compris que ce Royaume n’est pas terrestre, qu’il n’est pas d’ici. Pierre le sait aussi, quoique l’apôtre Pierre ne soit pas ici très bavard.

4. Enfin il reste la question de la haine et de la vindicte qui empoisonnent les cœurs. La loi du Talion « œil pour œil, dent pour dent, vie pour vie » de la Torah est gentiment battue en brèche par Jésus : est-ce qu’on peut vivre avec tant de noir dans le cœur ? Non. Ni la violence de la vengeance, ni la violence de la colère. Pas de place pour ça dit-il aux femmes qui se plaignaient des mauvais traitements qu’elles subissent de la part de leurs époux, frères et pères. Voilà qui peut faire grincer des dents….

J’ai pu être un peu surprise par le choix de l’acteur Joaquín Phoenix. Un peu trop âgé pour le rôle, un peu trop corpulent. On a du mal à concevoir Jésus comme un homme lourd et enveloppé. Tant de bonhommie et de rondeur le rendent très proche, un peu comme un collègue de bureau. De plus, beaucoup de ses gestes, de ses attitudes sont très contemporains.

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A part ça, les scènes de la Passion et du Chemin de croix sont impressionnantes et admirablement filmées. (Caméra plus bas que le sujet, ce qui devient saisissant.)

Rooney Mara a de beaux yeux, bien grands, bien clairs et bien expressifs. Heureusement, parce que son jeu est basé sur ce disent ses yeux. Et elle échange aussi avec Jésus un énigmatique sourire complice en fin de film, Jésus ressuscité, assis sur un rocher, tous les deux contemplant une immense vallée, peut-être un peu abasourdie devant ce qu’elle vient de vivre.

Un acteur, Tahar Rahim, m’a enthousiasmée. Bien dans son âge, juvénile, pétillant d’exaltation devant son héros Jésus, croyant à un triomphe immédiat et grandiose, il est déçu, très déçu. Judas naïf qui en mourra.

Je regrette que les mots soient parfois si lourds et si impuissants à rendre l’impression vécue. (Les miens, en tout cas.) Ce film délicat n’est tombé dans aucun des défauts des films péplums ou prêchi-prêcha. Garth Davis, le réalisateur australien, dont je n’avais jamais entendu parler, doit être un homme raffiné.

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Julian Marías. Un cœur si blanc.( Corazón tan blanco).

Un cœur si blanc. Corazón tan blanco.

Ce qu’il y a de bien dans le plaisir de lire, c’est que ça ne s’émousse pas, et qu’on garde à soixante-dix ans comme à vingt ans le même émerveillement en refermant un livre qui vous a plu. Peut-être même est-ce un des rares plaisirs qui s’accroît en intensité.
Parce que plus on lit, plus on devient réceptif (j’ai envie de dire « poreux ») en face d’un texte généreux.


(Vieille lectrice en état de porosité )

Je viens de terminer un excellent roman de Javier Marías : Un cœur si blanc, publié en 1991.
Je dois dire que j’ai mis du temps à me décider. Je ne l’aurais peut-être pas autant apprécié, il y a vingt-sept ans. J’étais plus pressée. Car si on aime les phrases courtes, les situations simples et les schémas narratifs linéaires, on peut fort bien passer à côté de ce texte très riche.

C’est compliqué, ça saute vingt ans en arrière, on passe de Madrid à Cuba en passant par New York, mais il y a là-dessous un auteur, un auteur généreux, qui raconte beaucoup, et toujours sans appuyer, grâce à un procédé qui se rapprocherait presque de l’art pictural.

Toutes les scènes ou le narrateur va éprouver une situation forte, où il va apprendre un élément fondamental sur son existence, ressemblent à une même toile : un homme immobile assis au pied d’un lit défait, écoute une conversation qui ne lui est pas destinée et qui a lieu dans une pièce contiguë dont la porte est entrebâillée…luxe de détails objectifs sur les plis du drap, sur la luminosité ambiante, sur l’hypothétique attitude des personnes dont on écoute les propos.

Ainsi va la vie de Juan : un peu voyeur, très peu acteur.

Et il va s’avancer dans la vie, dans les relations de couple.
On pourra étudier sur la pointe des pieds les relations entre père et fils, la culpabilité inhérente à toute vie commune, les secrets de famille. On fera quelques pas (mais là je m’avance un peu) sur un sentier qui pourrait s’apparenter à la psycho-généalogie.
C’est qu’il a un père bien embarrassant, difficile à saisir, dont il est très différent.

Et puis voilà qu’à la trentaine, le narrateur nous laisse entendre les raisons pour lesquelles il a le « cœur si blanc »… (Comprendre plutôt cœur si pâle, si pusillanime au sens que lui donne Shakespeare dans Macbeth : Lady Macbeth a les mains tachées de sang mais elle n’a pas tué elle-même, elle a le cœur si blanc : elle n’a pas accompli le geste.)

Un cœur si blanc…pas un cœur si innocent, surtout pas ! Plutôt un cœur surchargé de scrupules, de fautes indéfinies, lourdes et troubles.

Un peu comme tout le monde.

Toute ma reconnaissance à Santiago E. et au club de lecture en langue espagnole qui m’ont permis ce bon moment de littérature.

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Identités

Question d’identité.
Les gens d’Ici n’en finissent pas de m’étonner.
Ou bien, je me surprends à m’étonner de choses qui ne me posaient aucun problème il y a seulement vingt ans.
On devient pointilleuse avec l’âge.

Un Français à qui on demanderait son numéro de carte d’identité tomberait probablement des nues. Personne ne le sait par cœur, personne ne sait même très bien s’il en a un.
Et d’abord, qui aurait le droit de vous le demander, en France ?
Certainement pas le facteur, ni le livreur de gasoil, certainement pas votre dentiste, sûrement pas l’employé qui vous livre à domicile un article acheté sur le net, (je pense qu’une signature suffit dans tous ces cas) ; ici, c’est l’habitude.
Et moi, j’ai toujours envie de demander au facteur, au livreur ou au dentiste de s’identifier, lui aussi, après tout, j’ai besoin d’être sûre que lui, c’est bien lui.

En France, si je ne m’abuse et si les lois n’ont pas changé, la carte d’identité n’est même pas obligatoire sur le territoire national. C’est utile, mais on peut toujours s’identifier par d’autres moyens. (Carte d’électeur, permis de conduire….) et seuls les policiers, gendarmes et douaniers peuvent vous demander de le faire.
Ici, je me sens toujours humiliée quand un employé d’une quelconque administration me demande mon « numéro »de carte d’identité. Il ne veut même pas voir le document…non, la simple récitation d’une suite de chiffres lui suffit. Cela a pour moi un vague parfum délétère de numéro tatoué sur le poignet, une fâcheuse réminiscence d’individu réduit à un numéro.
Je m’appelle ainsi, c’est moi qui suis devant vous. Ma parole devrait vous suffire. Pourquoi un chiffre récité devient-il plus crédible que mon patronyme ?

L’autre jour, au contrôle technique de ma voiture, l’employé faisait avancer les gens en énonçant la plaque d’immatriculation de leur véhicule. Encore un moment difficile à avaler.

La seule époque où le document d’identité a été obligatoire en France a été l’époque de l’occupation et le régime de Vichy. Je n’ai pas vécu cette époque, mais par contre, j’ai entendu raconter qu’en ces temps-là, la fabrication de fausses cartes était un sport national.

Un jour, on vous mettra une puce électronique à la naissance, et personne ne trouvera à redire.
Même pas moi, qui ne serai plus là pour m’insurger.

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Eloge des flaques


Flaques.

La flaque est un luxe, un surplus, un gaspillage de la nature.

C’est un lac minuscule, une réserve de quelques heures, au cas où. L’étourdi y trempera sa chaussure, l’enfant jouera à la faire rebondir en gouttelettes, le chien y trouvera le plaisir de boire une eau sauvage.

Je ne pourrais pas vivre sans les flaques. Restes visibles de la pluie sérieuse, la pluie qui mouille, la pluie que est venue en trop….Petits lacs où l’on voit des reflets de ciel gris.

J’aimerais bien qu’il y en ait un peu plus.
Des flaques comme s’il en pleuvait….

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Le bûcher des vanités. Tom Wolfe

Wall Street et le Bronx,deux quartiers clés du roman.

La lecture est une passion exigeante. On ne peut pas tout lire, on sait que ça n’est pas possible, mais on veut lire beaucoup ; on se sent incomplet, ou rétrogradé au stade de Lecteur du dimanche quand un autre boulimique vous cite avec enthousiasme quelque chose que vous ne connaissez pas, mais alors pas du tout.

On m’a dit que le roman de Tom Wolfe était un chef d’œuvre.

Un roman de 700 pages, qui commence de manière très abrupte, presque dérangeante, et qui nous apprivoise peu à peu. Je n’ai commencé à comprendre le livre qu’après en avoir lu un bon tiers. Et puis, j’ai suivi le calvaire de ce pauvre Sherman, antihéros, pauvre Wasp dépassé par les événements, auquel Wolfe a décidé d’accorder un sursaut de dignité et de grandeur dans le dernier chapitre.

Une société risible, mesquine, des communautés new-yorkaises aussi ancrées dans leurs intérêts sociaux, financiers, aussi racistes les unes que les autres….Magouilles en tout genre, enfin, rien qui ne doive nous surprendre !!!
L’individu broyé par les médias, par les intérêts politiques, par la machine à manipuler l’opinion, on a vu tout cela, on le verra encore et toujours, je crois.

On pourrait croire que c’est triste ? Pas le moins du monde, on rit quand même ! Quand j’ai lu le long chapitre sur le dîner chez les Bavardage et l’analyse si plaisante de la faune conviée, des plats servis, de la décoration des tables et des déambulations de Sherman, un Etranger Camusien, ne sachant à quelle table se raccrocher, en perdition complète….j’ai aussi pensé à Albert Cohen et à la soirée à la Société des nations…..dans Belle du Seigneur. Un chapitre à ne pas rater.

En somme je suis très heureuse d’avoir rempli un blanc dans mon cursus livresque. Je recommande chaudement à tous les lecteurs qui seraient dans mon cas,(peut-être que j’étais la seule …. ) de lire Le bûcher des vanités.

Et j’ai beaucoup aimé le poing levé de Sherman à la dernière page.

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Patria. Aramburu.

Je ne sais pas si cet ouvrage est traduit en français. Je ne sais pas non plus si un lecteur français pourrait être passionné par ces histoires de terrorisme basque, à moins qu’il n’ait été géographiquement, ou idéologiquement parlant, concerné par des événements qui remontent maintenant à une quarantaine d’années.

Je ne sais pas si je dois même aborder le sujet tant il est délicat d’exprimer une opinion sur un phénomène qu’on ne connaît que superficiellement, et qui, d’autre part , a été si dramatique pour 2 millions de Basques Espagnols, et si cruel pour tout le pays.

Après ces prudents préliminaires, (lesquels, je suppose, ne pèsent pas lourd comparés à ce qu’a dû ressentir Aramburu avant la publication de « Patría ») j’ose entrer dans le vif de mon projet : dire combien ce livre m’a passionnée.

D’abord, c’est une histoire de familles…une histoire de mères surtout, de cuisines, de voisines, de ragots, d’amitié, de haine, d’incompréhension, une humanité travailleuse, intelligente, sotte, en proie à des manipulations, divisée par des totalitarismes violents….enfin, des gens comme tout le monde. Des gens qu’on aime et qu’on comprend, parce que, avec un peu moins de chance, on aurait pu être à leur place.
Et puis, pour ma génération, situer le terrorisme n’est pas chose aisée.

Avant que je naisse, dans mon pays, officiellement, la Résistance, pendant l’Occupation Allemande était qualifiée d’organisation terroriste. Après, on a su que certains terrorismes avaient une justification.
Je pourrais aussi citer les « Événements d’Algérie » pendant lesquels on nous rebattait les oreilles au sujet des attentats terroristes à Alger. (On a su, après, dans mon cas, que ce terrorisme était soutenu par certains intellectuels français depuis Paris.)
J’oublie certainement, par manque de mémoire ou de culture politique, d’autres « terrorismes » revus à la baisse a postériori.

Donc, en 1961, lors du premier attentat revendiqué par ETA en Espagne, dans ce pays au régime dictatorial, la France n’a pas hésité à franchir le pas et à réunir, dans une large accolade, la lutte antifranquiste et les revendications nationalistes et indépendantistes basques. Jusqu’à bien après le passage à une démocratie constitutionnelle en 1976, la France est restée un sanctuaire pour les terroristes. Injustice de certains comportements, rigidité des idéologies. Et bien sûr, le milieu lycéens et enseignants s’alignait sur une attitude très bienveillante envers ETA.
À mon arrivée ici, le fait que le son de cloche soit différent, que les attentats soient plus proches, plus réels que vus de l’autre côté de la frontière, et surtout soient si fréquents, faisant partie du lot quotidien des infos des journaux, tout cela a peut-être un peu chamboulé mes idées reçues….

Mais il a fallu le regard d’un Basque, un homme de 58 ans, ayant vécu de très près tout ce douloureux itinéraire pour que j’arrive à trouver un jugement plus équilibré sur cette longue et violente période.
Comme quoi, ne désespérons jamais : un livre peut nous aider à devenir plus intelligent !!!

Aramburu a fait un travail indispensable, courageux, donnant la parole aux deux fronts. En même temps il a écrit un roman passionnant aux personnages attachants et très humains. J’ai trouvé que son style n’était pas dépourvu d’originalité et que, malgré le sujet dramatique, le lecteur rencontrera souvent des ilots humoristiques, de petites plages de sérénité, des trouvailles linguistiques. Un bon livre bien écrit.

PS : je viens de terminer « Años lentos » du même auteur. Un peu le même livre, en moins abouti. Écrit quatre ans auparavant. Plus d’audaces stylistiques, mais moins de cœur, à mon avis.

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